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  • Stéphanie Loré

"Âme brisée" Akira Mizubayashi chez Gallimard




"L'essentiel de la musique n'est pas dans les notes." Gustav Mahler


Tokyo, le 6 novembre 1938. Yu Mizusawa, professeur d'anglais, répète une pièce musicale de Schubert avec le quatuor à cordes qu'il a réuni. Les musiciens sont des amateurs, des passionnés. Yu est japonais, les trois autres membres chinois. Or un conflit oppose la Chine à l'Armée Impériale et, ce jour maudit, des soldats interrompent la séance, l'un d'eux brise le violon de Yu et puis, sur ordre, les embarque. Avant l'irruption militaire, Yu a caché son fils de 11 ans, Rei, dans une armoire qui se trouvait là. Un gradé, Kengo Kurokami, féru de musique classique, plus humain que certains, a deviné la présence du garçon et, avant de quitter les lieux, lui confie le violon maltraité. Rei ne sait pas ce qu'est devenu son père, ni les autres membres du groupe, et part en France, adopté par Philippe Maillard et son épouse - Philippe était le professeur de français de son père. Rei devient alors Jacques. Il n'aura de cesse que de réparer, guérir le précieux instrument, unique lien avec son passé. C'est la raison pour laquelle il devient luthier, se formant à Mirecourt et Crémone auprès des plus grands maîtres. Comme si restaurer le violon, lui rendre son âme, était se reconstruire lui-même. Le temps passe... lorsqu'un jour son attention est attirée par une jeune violoniste virtuose, Midori Yamazaki, surtout par les propos qu'elle a sur son grand-père, celui qui l'a éveillée à l'amour de la musique.


Un roman d'une beauté sans nom, écrit dans un français d'une harmonie parfaite, à l'image de la musique, thème majeur.

Un vaste monde d'émotions foisonnantes et profondes naît des infinies combinaisons de sons qui expriment les sentiments face au monde, sa splendeur comme sa violence. La musique se fait résistance, sauvegarde. Et la vie est telle une partition qu'il nous est donné de modeler, de façonner pour en faire, si pas une symphonie, tout au moins une agréable mélodie, en faisant en sorte d'écouter nos aspirations les plus profondes pour que toujours nous suive notre ombre, pour toujours être entier. Il s'agit de composer, véritablement, avec ce qui nous est donné - tout cela qui nous est transmis inconsciemment -, ce qui nous est imposé et ce que nous créons. Un équilibre qui se travaille tout au long de la vie pour frôler la perfection, les notes sublimes.

Un roman délicat, sensible, intense, émouvant, inspirant... aucun mot ne me semble assez puissant pour exprimer ce que j'ai ressenti à sa lecture.

Jusqu'à présent, mon top !


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