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  • Stéphanie Loré

"Agathe" Anne Cathrine Bomann chez La Peuplade


Le narrateur est un psychiatre de septante-deux ans qui s'est décidé à la retraite. Il lui reste cinq mois de travail, soit huit cents entretiens. Il les décompte, impatient de ne plus avoir à écouter ces gens mal dans leur peau desquels il n'entend que jérémiades - "Il y avait à lutter à la fois contre des conjoints insensibles et des bouteilles de vin cachées derrière les étagères; et que pouvait-on au fond espérer de la thérapie, quand je n'avais que quelques heures par semaine pour reconstruire ce que les patients avaient mis une vie entière pour détruire ?". Que fera-t-il donc de ses jours, plages de temps vierges ? Lui qui vit seul, n'a pas d'enfant ni de réelle passion; lui qui n'a jamais voyagé et est à présent perclus de douleurs; lui qui n'a que sa personne comme unique préoccupation; lui qui ne sait comment parler aux autres en dehors de son cabinet.

Et puis, arrive Agathe Zimmermann. Il refuse de la recevoir, ne désire plus de nouveaux patients avec lesquels il n'arriverait à rien par manque de temps. Mais Agathe est tenace et s'impose. Il finit par accepter de l'écouter. Il y a en elle quelque chose qui le touche, le remue, le séduit. Elle ne nourrit aucune illusion d'aller bien, elle veut seulement fonctionner. Elle ne sait pas comment vivre, comme lui en vérité. A son contact, il a subitement l'envie de s'extirper de ses vieux os, d'avoir une nouvelle chance, de faire sens. Une belle rencontre comme un petit miracle.


Un roman fin et sensible qui nous parle de nos gouffres intérieurs, de ces douleurs héritées qui nous empêchent de vivre. Une histoire attachante qui nous redit que la vie est mouvement, vers l'autre, vers soi aussi. Parce que s'aimer soi, c'est s'offrir de s'ouvrir à l'autre. Il est important de ne pas se perdre en chemin.

L'auteure nous parle avec justesse de la vieillesse et des renoncements - "n'y avait-il personne qui vous disait ce qui arrivait au corps quand on vieillissait ? () Vieillir () consistait surtout à observer comment la différence entre son moi et son corps grandissait et grandissait jusqu'à ce qu'un jour on soit complètement étranger à soi-même." En même temps, de ces possibles qui nous sont donnés pourvu que nous les voyions...

De toute beauté !

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