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  • Stéphanie Loré

"Anatomie d'un mariage" Virginia Reeves chez Stock


L'histoire commence à Boulder, dans le Montana, en 1971. À trente-six ans, Edmund Malinowski est un psychiatre comportementaliste très doué qui est, depuis un an, directeur du Boulder River School and Hospital. Il travaille avec des effectifs insuffisants et se dit qu'il n'aurait peut-être pas dû accepter le poste parce qu'il n'aboutit à aucun changement en dépit du temps qu'il y consacre, toutes ces heures qu'il ne compte pas.

"Travailler dans ce genre d'établissement nécessite de la distance, six cigarettes, quelques bières et un sas de décompression qu'on appelle une voiture. Et puis un trajet suffisamment long pour que les pensées qui n'ont pas encore réussi à émerger puissent le faire, que celles qu'on avait mises de côté remontent, tandis que se réécrivent certains faits."

Il est marié à Laura qu'il aime profondément, ce qui ne l'empêche pas d'avoir des aventures occasionnelles pour satisfaire un trop-plein de désir.

Laura est une artiste peintre en sommeil, une belle femme qui refuse de rester à la maison à attendre que son mari daigne rentrer. Elle a besoin de contacts sociaux, alors, sans qu'Ed le sache, elle travaille deux jours par semaine dans une boutique de vêtements et s'est ouvert un compte. Dès leur nuit de noces, elle voulait un enfant, projet qu'Ed a postposé dans l'attente de stabilité.

Peu à peu, leur relation se tend, les reproches s'accumulent. Ed vit en célibataire, Ed décide de tout - le changement de boulot, le déménagement et la maison, le moment idéal pour avoir un enfant -, Ed s'intéresse de trop près à l'une de ses patientes, Penelope, une jeune fille de seize ans épileptique d'une "beauté fracassante". Laura est folle de jalousie et dépitée qu'Ed ne l'entende pas.

"Je me demande comment il réagirait si moi aussi j'avais ma Penelope à moi. Quelqu'un avec qui je passe tout mon temps, dont je parle à chaque repas. Quelqu'un que j'aurais choisi à sa place à lui, encore et encore."

Quand elle rencontre Tim, un architecte entrepreneur, physiquement à l'opposé d'Ed, à l'écoute, elle prend conscience qu'une autre vie est possible, qu'elle peut à nouveau occuper la place qui lui revient. L'arrivée de Benjamin n'arrange rien, d'autant plus qu'Ed n'était pas présent lors de la naissance, trop occupé par Penelope atteinte de graves crises.

Inexorablement, leur couple s'effrite...


Comme dans son premier roman, paru en 2016, le superbe "Un travail comme un autre", Virginia Reeves décrit, avec talent et empathie, les conséquences des passions dévorantes, le champ de ruines qu'elles laissent dans leur sillage. Ed s'est donné pour mission de réformer le traitement des maladies mentales et se bat contre le poids paralysant de la bureaucratie, il le fait au détriment de sa vie privée. J'ajoute ici que l'auteure s'est bien documentée sur le sujet et nous expose la lente décomposition des institutions psychiatriques soumises aux diktats des ambitions politiques.

Virginia Reeves nous raconte un amour qui s'use de se frotter aux aveuglements, à l'amertume des regrets, à la force souterraine des non-dits; elle dit la perte de souffle, le manque de force pour sauver ce qui pourrait encore l'être. Elle décortique les mécanismes mortifères de la jalousie et nous brosse le tableau, poignant et sensible, d'un amour véritable qui jamais ne s'éteindra.

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