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  • Stéphanie Loré

"Au bord du monde" P. Clervoy - S. Figuière chez Steinkis


"Je suis comme sur une falaise, assis, à regarder l'espace vide. Je suis ici au bord du monde." Patrick Clervoy


Superbe bande dessinée qui raconte les dix semaines que Patrick Clervoy a passées en Afghanistan en 2011, sa première mission dans le pays. Il est basé à Kaboul sur le site de l' O.T.A.N. qui compte 4.000 militaires de tous horizons.

Spécialiste du stress et des traumatismes psychiques, il y est en tant que psychiatre, avec le grade de Général. Volontaire pour la mission, il dit son engagement, la volonté de se mettre au service des autres, aussi le sentiment de culpabilité qu'il éprouve envers sa femme et ses deux enfants pour mettre l'équilibre de leur vie en danger.

Il décrit le quotidien sur la base, les alertes, les tensions et malgré tout les bulles créées par l'équipe, moments de détente, d'humour, de dérision même.

Il dit les nuits sans sommeil, les combats avec leur lot de dommages collatéraux. Depuis la première guerre du Golfe en 1991, l'Occident utilise l'expression de "guerre propre" pour désigner les conflits, comme si ces dommages n'existaient pas.

Il parle des missions, ces ailleurs où l'on se découvre dans les deux acceptions du terme : on s'expose et on apprend à mieux se connaître.

Il dit la fièvre de l'engagement, l'intensité qu'il apporte et s'interroge sur le retour de certains soldats à une vie ordinaire. La vie d'un militaire est constituée de paradoxes et de décisions prises sur le vif, leur force vient du coeur plus que de la raison.

Il parle des blessures, les physiques qui handicapent souvent à vie, les psychiques, poison invisible, qui perturbent durablement.

Il décrit la population locale à laquelle il apporte son aide. Il est admiratif devant le stoïcisme de ces hommes, ces femmes, ces enfants chez qui ils sont intrus. Ils partagent rarement leurs émotions, leurs douleurs, leurs joies. Il est vrai que l'Afghanistan a été envahi dix fois dans son histoire. Là, la résistance est devenue posture culturelle.


Cette bande dessinée ne peut laisser indifférent que l'on soit pro-militaire ou non parce qu'elle parle de ce qui fait que nous restons humains malgré les enjeux qui nous dépassent, elle dit notre force en même temps que la fragilité de la vie.


"La vérité qui ressort de cette histoire, c'est que la paix est une illusion. La guerre est un état permanent du monde. Les conflits évoluent. Ils disparaissent à un endroit, ils réapparaissent plus loin. Les peuples qui vivent en paix ont parfois la faiblesse de croire que la guerre n'existe plus. C'est une erreur." Patrick Clervoy


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