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  • Stéphanie Loré

"Au-delà de la pénétration" Martin Page chez Le Nouvel Attila


Un petit ouvrage nécessaire, voire salutaire, sur un sujet encore trop tabou : l'amour physique et la pénétration. Qu'il soit écrit par un homme réjouit et donne l'espoir qu'il attirera l'attention du public mâle.

La pénétration, donc, sujet hautement tremblementerrien mais comme l'écrit Martin Page : "c'est un bonheur de déranger le monde, ça soulève de la poussière et ça fait trembler le sol. On peut ensuite amorcer des danses." Elle est acte "naturel", entré dans une norme, mais quelle norme ?


"Critiquons nos plaisirs et nos joies, critiquons nos orgasmes et nos bonheurs, il y a là aussi des prisons et des pièges."


Des enfermements et leurs fatales souffrances, notamment celle de ne pas dire, de ne pas verbaliser. Beaucoup de femmes n'osent en effet pas dire quand une pratique ou une caresse leur déplaît. Qu'y a-t-il là comme peur ? Peur d'être jugée ? Peur de ne pas être aimée ? Aussi l'envie de faire plaisir au partenaire, sans condition. Vraiment ?

Il n'est pas aisé de parler d'intimité et de sexualité mais il est impératif de le faire parce que tout n'est pas forcément plaisant et excitant. La majorité des hommes ont tendance à penser que toutes les femmes sont pareilles sur ce plan, qu'elles aiment toutes le cunnilingus, la sodomie, encore la pénétration, acte ultime. Ce n'est pas le cas. Il n'y a pas une seule sexualité mais des sexualités.


"(...) chacun compose avec la sexualité dont il a hérité dans notre moment particulier de l'histoire, et qu'il n'est pas toujours possible (ni souhaité) de s'en libérer : on prend le plaisir qui est accessible ici et maintenant, celui qui nous correspond. Et c'est joyeux. On ne résoudra pas tout dans le temps présent."


Je suis femme et je parle évidemment en tant que telle : j'aime ce moment, la sensation physique que me donne la pénétration. Ce qui est malheureux, c'est qu'elle est souvent visée de suite sans beaucoup de préliminaires, ni de suite... Pour ma part, j'aime les longs baisers, les caresses sur tout le corps. La bouche et la peau sont des zones très érogènes et il est regrettable de les négliger. Parce qu'il y a baiser et faire l'amour. Faire l'amour est une conversation entre deux épidermes, un dialogue qui se nourrit de regards, d'effleurements et d'embrassements. Faire l'amour, c'est laisser s'exprimer sa sensualité, cela demande du temps et c'est véritablement voluptueux. C'est tisser un lien secret où l'on découvre l'autre tout en se découvrant soi. Follement réjouissant !

L'étreinte doit être vécue de façon égalitaire, non égoïstement.


"Et si agir en être sexuel, c'était prendre le temps d'explorer un corps et de se parler ? Ne pas pénétrer offre la possibilité de jouir du spectacle des sexes qui sont là, gonflent et dégonflent, se rencontrent, sont touchés par les mains, la langue et tout le corps."


La sexualité comme dialogue et lieu d'imagination, c'est un bon programme, non ? Réenchantons-la d'un érotisme suave et solaire. L'érotisme, ce sont des baisers sur la nuque, dans le bas du dos, une exploration du bout des doigts, le souffle sur la peau, des mots susurrés au creux de l'oreille. Il est danse qui s'esquisse à deux. Il est soif, inclination, ardeur, sensualité. Ce sont les appétits du corps enrichis de l'esprit. Il n'est pas recherche de plaisir immédiat mais art du désir, exaltation de la suggestion, comme la poursuite d'un infini, d'une jouissance totale, toujours renouvelée. S'érotiser, c'est se dissoudre en l'autre et se trouver soi dans une radieuse célébration du baiser, de la caresse, de l'étreinte et du sexe. Anaïs Nin l'écrivait : "l'érotisme est l'une des bases de la connaissance de soi".

Alors, cessons de morceler le corps et rassemblons-le en une sexualité entière, joyeuse, gourmande et récréative, qu'elle soit pure jouissance !

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