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  • Stéphanie Loré

"Jour de courage" Brigitte Giraud chez Flammarion


"Le courage est le juste milieu entre la peur et l'audace." Aristote


Dans le cadre du cours d'histoire, Livio doit faire un exposé. Il a choisi l'un des premiers autodafés nazis contre la bibliothèque d'un certain Magnus Hirschfeld : deux cent mille volumes partis en fumée en 1933. Hirschfeld est un médecin juif-allemand né en 1868 qui a créé en 1919 le premier Institut de sexologie et s'est intéressé à la sexualité sur des bases scientifiques. Il s'est non seulement battu pour l'égalité hommes-femmes mais aussi pour les droits des homosexuels, lançant une pétition pour la suppression du paragraphe 175 du Code pénal allemand qui criminalise l'homosexualité. Les cinq mille signataires dont Einstein, Rilke, Zweig, Tolstoï, Zola n'ont pas pu empêcher l'arrestation de cinquante mille personnes, la déportation de beaucoup. C'est Hirschfeld qui pratiqua la première opération de changement de sexe en 1930, sur la personne de Lili Elbe, peintre danois - Tom Hooper lui rend hommage dans son film "The Danish girl" sorti en 2016. Il a combattu l'éradication de ce que les nazis appelaient "l'esprit non-allemand", s'est fait la voix des minorités avec comme seule arme la connaissance.

Livio a dix-sept ans et porte l'image d'un garçon convenable et discret. Il est féru de lecture, curieux et d'une intelligence vive. Mais Livio garde un secret qui le ronge et qu'il n'a pas même révélé à son amie Camille dont il voit bien qu'elle est amoureuse de lui. Livio n'ose pas prononcer le mot "homosexuel", pourtant son exposé n'est pas innocent car grâce à lui il espère dévoiler en douceur sa véritable nature.


L'écriture de Brigitte Giraud est sobre, dégraissée, parfaitement taillée pour mettre sur le devant de la scène le thème principal du roman, à savoir le courage, illustré par deux histoires qui entrent en résonance. Celle de Magnus Hirschfeld qui eut le courage de ses opinions à une époque où par là-même il signait son arrêt de mort car comme l'écrivait Heinrich Heine : "Là où l'on brûle les livres, on finit par brûler des hommes". Il eut le courage de s'exposer pour défendre ses droits, ceux des autres et lutter contre l'oppression. Il y a aussi l'histoire d'un jeune homme de notre temps qui, pour exister, pare à sa peur et lève le voile, au risque de s'y brûler les ailes... ou de se libérer.


Deux époques, un même combat. Aujourd'hui encore nous avons à combattre les préjugés de toutes sortes, l'intransigeance, les condamnations sans appel, parce que tout ce qui semble anormal, tout ce qui n'entre pas dans un certain moule social commun effraie et bannit. Aujourd'hui encore tout est à nouveau en danger : la pensée, l'expression, le libre-arbitre.


Un roman essentiel !

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