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  • Stéphanie Loré

"L'amant" de Kan Takahama chez Rue de Sèvres


Je n'apprécie pas le dessin japonisant et je n'ai aucun penchant pour les mangas, toutes ces lignes, ces raideurs, cette violence souvent, ces regards hallucinés... mais j'ai aimé cette adaptation de "L'amant", écrit par Marguerite Duras en 1984 et Prix Goncourt de l'année, par la mangaka Kan Takahama.

Pourquoi, brûlez-vous de savoir ?

Parce qu'elle a choisi un mix entre les influences japonaises et la B.D. européenne pour raconter le télescopage entre deux univers impossibles à concilier à l'époque.

Pour le parti pris de commencer le récit et le clore avec le personnage de Marguerite Duras même, par la femme âgée qui, parce qu'un homme l'aborde dans une gare pour lui dire qu'il trouve son visage plus beau maintenant que lorsqu'elle était jeune, ainsi marqué par les tempêtes, se souvient alors de ses dix-huit ans, l'âge où elle a commencé à vieillir. Vous rappelez-vous de cet âge clivage ?

Pour la finesse des traits, les expressions réussies et la palette de couleurs choisies, sobres et délicatement jaunies, ce qui apporte une certaine mélancolie, de la douceur et une indéniable sensualité.

Pour les décors et les paysages, parties prenantes de l'histoire.

Parce que les scènes de sexe sont belles et ne sont pas envahissantes, laissant la place au sentiment, à l'amour. Celui que finalement Marguerite Duras s'avouera, auparavant caché derrière la sexualité.

Pour le rendu des personnages : elle, belle, déterminée, fougueuse, intelligente; lui, séduisant, sensible, dans la retenue, amoureux fou.

Pour Marguerite Duras et la beauté de son écrit, la relation de la passion charnelle, soudaine et déraisonnable en un temps où les libertés sont difficiles à prendre, tant en raison de l'âge que du genre et de la société. J'aime cette prime rencontre, cet amour-là si bouleversant et qui reste profondément gravé en nos coeurs.

Une B.D. ni aguicheuse ni voyeuriste - la dérive était si dangereuse - mais élégante et émouvante.

Une appropriation réussie.


"L'écriture de Duras laisse la possibilité au lecteur, au dessinateur, de se projeter entre les mots, entre les lignes. Dessiner la narratrice-héroïne la rend visible aux yeux du lecteur."

Kan Takahama

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