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  • Stéphanie Loré

"L'Echo du Temps" Kevin Powers chez Delcourt


1860, 1956, deux époques s'entremêlent subtilement dans ce roman percutant, nous invitant à dénouer le mystère de leur union.

1860, nous sommes en pleine Guerre de Sécession à Richmond en Virginie. Emily Reid voit sa vie prendre une autre tonalité lorsque son père Bob est enrôlé et que le propriétaire terrien voisin, Levallois, un homme ambitieux et impitoyable, impose peu à peu une mainmise de fer. Jadis petite fille intrépide, espiègle et un peu cruelle, va-t-elle consentir à la situation, à la soumission ? Chez Levallois, elle retrouve Rawls, l'esclave qui appartenait à son père, qui vit avec Nurse, la femme pour laquelle il avait fugué, celle qu'il n'eut de cesse de revoir et qui lui est rendue blessée et, en raison de cela même, plus forte.

Dans un monde crépusculaire où n'existent plus que champs de morts, cendres et désolation, l'amour peut-il sauver ?

1956. George Seldom a nonante ans et, au terme de sa vie, espère trouver des réponses à ses ultimes questions et se défaire du sentiment de culpabilité qui ne le quitte pas d'être parti sans avoir remercié la femme qui a pris soin de lui. Il retourne donc là où il fut adopté. Mais comment chercher quand l'on ignore ce que l'on a perdu ?


Kevin Powers nous donne à lire une tragédie lyrique dense et poignante qui happe dès les premiers mots et que vous ne lâchez pas. De la Guerre de Sécession à l'Amérique contemporaine, il convoque les fantômes du Vieux Sud et sonde nos âmes dans ce qu'elles peuvent enfanter de plus sordide et de plus sanglant. Les guerres font ressortir le pire de l'homme et engendrent des cicatrices qui jamais ne se referment et, le plus terrible, se transmettent. Son roman est puissant, nous parle de la façon dont l'humain agit quand la mort devient la norme, dans un monde sans foi ni loi qui ne laisse plus de place à l'illusion, au rêve. La folie des hommes peut être d'un noir d'encre, façonnée de lâcheté, de tyrannie, de perversité. Et si l'amour soutient, il n'est en aucun cas un bouclier.

Un roman dont je préfère le titre original, "A shout in the ruins", un cri, des cris de douleur, de terreur, d'étonnement, de fureur au milieu des ruines que nous-mêmes produisons. Les questions posées sont essentielles et éternelles : quelles sont les sombres forces qui nous animent ? quelle empreinte laissons-nous de notre vie ?

L'écriture est maîtrisée, flamboyante, visuelle, animée, et sert une intrigue construite comme un puzzle, à l'image de nos vies qui s'imbriquent pour dessiner l'Humanité. Si le roman est sombre et donne une vision bien pessimiste de notre monde, passé et présent, les mots qui le closent laissent filtrer la lumière : "Tu penses que tu n'aimeras plus jamais aucune chose dans ce monde. Et étrangement, c'est là, de nouveau. Venu de rien et de nulle part. Venu de moins que rien. Comment est-ce possible ? C'est le seul miracle."


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