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  • Stéphanie Loré

"La Partition intérieure" de Réginald Gaillard paru au Rocher

Mis à jour : 10 mars 2019



Je reviens dans ce post sur un roman paru en octobre 2017 et qui mériterait un passage en poche et une plus large diffusion tant il est beau et bouleversant.


Courlaoux, petit village du Jura, une terre âpre, des âmes discrètes et taiseuses.

Jean, arrivé à l'ultime de sa vie, revient sur 40 années vécues là en tant que curé de paroisse.

Eloigné de Paris en 1969 en raison d'une complicité jugée déplacée, cependant forte et rare, avec une femme, puni pour une faute non commise, il échoue dans une région à laquelle il n'aspirait pas, lui si citadin, si mondain.

Il retrouvera pourtant auprès d'êtres simples un sens à sa foi, les dogmes s'adouciront d'humain. Deux rencontres en particulier vont l'ébranler : celle de Charlotte, "la folle du village", dont la foi se veut libre, empreinte de mysticisme, de dialogues avec les morts; celle de Jan, un talentueux compositeur retiré du monde, hanté par la recherche du son perdu, de cet absolu auquel il voue une foi obsessionnelle. Jan l'athée, comme une autre face de Jean le croyant, a consacré sa vie à la création artistique et la poursuite de la perfection.


Un roman au style élégant où l'ombre côtoie la lumière, qui interroge notre rapport au monde et au divin. Des mots qui, dans la rudesse, vont chercher la douceur, les mots d'un poète sensible qui non seulement disent la foi en Dieu, mais aussi - et plus important à mes yeux - la foi en nous et en la vie; ces mots qui, aux frontières du visible, touchent l'âme.

Un roman à la réflexion universelle qui parle de nous, humains en quête de l'Idéal, cet inaccessible qui nous malmène et en même temps nous tient debout.

Le texte de Réginald est dense et profond, dévoilant nos confusions, nos luttes et nos contradictions, autant de notes de notre partition intérieure, cette musicalité intime qui nous définit et nous rythme. Une partition tour à tour cacophonie et symphonie à laquelle nous devons être attentifs parce que, tous, nous sommes "un chant qui cherche sa source" (p.184), il nous faut trouver les bons accords sans craindre les notes discordantes.

Et si le monde se meurt par manque "d'imprudence amoureuse", ces accords se révèlent au coeur des rencontres auxquelles nous nous ouvrons et qui nous façonnent. Notre vie est à créer, à modeler...





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