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  • Stéphanie Loré

"La Troisième Hemingway" Paula McLain chez Presses de la Cité


La "troisième Hemingway", Martha Gellhorn... qui aurait voué l'auteur aux gémonies en raison de ce titre qui la réduit à ce qu'elle ne voulait pas uniquement être : la femme de. Celui en anglais a une plus belle tournure, "Love and ruin".

Paula McLain fait un focus sur les années que Martha Gellhorn a vécues aux côtés d'Ernest Hemingway.

Quand elle l'a rencontré, elle sortait d'une liaison passionnée et malheureuse de cinq ans avec Bertrand de Jouvenel - beau-fils et amant de Colette. C'est dans le fief du sieur, Key West, qu'elle le voit pour la première fois, au Sleepy Joe's Cafe, lors de vacances avec sa mère et l'un de ses frères, Alfred. Ernest est déjà célèbre, Martha vient de publier un livre qui a un petit succès et qu'il a aimé - il l'avait d'ailleurs reconnue. Ils se plaisent mais Ernest est marié. Ils resteront cependant en contact et il va la pousser dans ses projets. Martha s'intéresse à son temps, aux heurts politiques et aux conséquences humaines. Elle le rejoindra en Espagne et écrira des articles sur le conflit qui y fait rage. C'est au coeur de cette tourmente qu'ils deviennent amants. Leur histoire dure neuf ans et ils resteront mariés le temps d'une guerre - 1940/1945. Ernest finira par lui reprocher tout ce qui l'avait attiré : sa passion, sa force de conviction, son charme, son indépendance - "Es-tu une correspondante de guerre ou une femme dans mon lit ?" (dixit). Il n'en fallait pas plus, Martha fait ses valises, ne voulant pas n'être qu'une "note de bas de page dans la vie de quelqu'un d'autre".


L'auteur a pris le parti d'un roman à la première personne, celle de Martha. Nous la suivons donc au plus près, dans ses combats, ses doutes, ses colères, ses espoirs. C'est dans sa peau que nous vivons l'union explosive de deux tempéraments de feu, recherchant l'intensité permanente, animés du même goût de l'aventure, de la liberté et du même désir d'écrire.

Avec les yeux de Martha, nous contemplons un homme magnétique, toréador éclatant, un jouisseur impénitent; un homme qui attirait la lumière, ne voulait que le devant de la scène quel qu'en soit le prix; un homme gourmand de tout, constamment imbibé d'alcools, un égoïste flamboyant.

Si elle a beaucoup sacrifié par amour pour lui, elle a refusé de se sacrifier elle-même.


Une agréable première approche si vous ne connaissez pas Martha Gellhorn. Mais je vous recommande chaudement de lire ses écrits, notamment "Mes saisons en enfer". Vous y découvrirez une femme aventurière, audacieuse jusqu'à l'inconscience, une femme qui s'intéressait aux délitements du monde et aux petites histoires derrière la grande. Elle possède un style d'une ironie élégante, fait preuve d'une auto-dérision sympathique et d'un franc-parler réjouissant - il faut dire qu'elle était génétiquement incapable de langue de bois, fille d'un gynécologue avant-gardiste et d'une mère féministe. Martha a toujours fait fi de la morale et du qu'en dira-t-on, refusant toute norme sociale. Elle a traversé le XXe siècle en parcourant le monde et en couvrant tous les conflits majeurs, faisant sienne cette devise de Mauriac : "travail, opium unique".

Je suis véritablement subjuguée par cette femme sublime qui mérite plus de lumière.


"Je n'ai pas trouvé ce que je cherchais - mais de quoi s'agit-il au juste ?" in "Mes saisons en enfer"


Et vous, que cherchez-vous ?

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