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  • Stéphanie Loré

"Le travailleur de la nuit" Matz et Chemineau chez Rue de Sèvres


J'adore les B.D. qui nous font découvrir avec humour et émotion certains évènements de l'Histoire passés sous silence ou presque...

Nous faisons ici la connaissance d'Alexandre Jacob, un homme un peu rêveur, anarchiste décontracté, audacieux et, disons-le, gonflé !

Son procès a ébranlé la bonne société et défrayé la chronique au début du XXe siècle.

Mais qu'a donc fait ce brave homme ?


Tout gamin, Alexandre, fils de boulanger, s'éprend de mers et de vastes horizons, d'aventures et de découvertes. Il a treize ans à peine - si débrouillard - quand il embarque comme mousse pour son premier voyage. Il en revient écoeuré et révolté. Partout, il a assisté au même spectacle de misère, de crasse et de spoliations; partout, les mêmes inégalités. Décidément, le monde n'est pas beau !

Qu'à cela ne tienne ! il le repeindra aux couleurs de ses idéaux. Avec quelques convaincus, il invente un "gang" de héros des temps modernes pour équilibrer la balance. Nous sommes dans la France de la IIIe République, celle de la Révolution industrielle, où la misère et la faim tuent. Alexandre se pique de voler les exploiteurs et ceux qu'il considère comme des parasites - à savoir les curés, les militaires, les juges, les rentiers - pour redistribuer aux démunis.

Sur dénonciation, il est arrêté lors d'une prise d'assaut dans laquelle il tue un policier et condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Il reste plus de vingt ans au bagne en Guyane, étudiant le droit et participant, avec le nouveau médecin, à l'écriture d'un ouvrage dénonçant les conditions exécrables qui prévalent là.

Il en sort sans avoir perdu sa foi initiale, gravée en son coeur, sans jamais s'être renié.


Le procédé utilisé pour narrer l'histoire est rythmé et vivant. Les auteurs prennent comme point d'appui le procès et l'entremêle aux épisodes marquants de la vie d'Alexandre Jacob. Le dessin est expressif et drôle pour illustrer les fracas et rebondissements d'une vie de héros romantique, figure qui - même s'il s'en défend - a inspiré Maurice Leblanc pour son personnage d'Arsène Lupin.

Et les questions soulevées peuvent alimenter de passionnants débats : peut-on tuer au nom de la liberté ? Les hommes peuvent-ils être vraiment égaux ? Y a-t-il une justice ?


Un vif plaisir de lecture !



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