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  • Stéphanie Loré

"Les grands cerfs" Claudie Hunzinger chez Grasset



"Les livres nous libèrent. L'argent nous enchaîne." p.164


Après une séance de signature de son dernier roman dans une librairie à Paris, Pamina rentre chez elle aux Hautes-Huttes, hameau sis en Alsace, lorsque son chemin croise celui d'un magnifique cerf, le dénommé "Wow" - interjection qui en dit toute la beauté. La superbe de l'animal lui donne l'envie de mieux connaître les cerfs, ce peuple des bois mystérieux qu'elle côtoie au quotidien. Jamais, depuis 25 ans qu'elle et son mari Nils sont installés là, elle n'avait été piquée d'une telle curiosité pour cet animal.

S'installer dans une métairie datant de 1770 fut un acte politique autant que la volonté d'un retour à l'essentiel, une vie entourée de forêts et de poètes, un manifeste anti-système, anti-argent, anti-chasse.

C'est Leo, un reporter photographe au crâne rasé jusqu'à l'os, qui va lui faire découvrir les secrets de la meute. En véritable amoureux de cette fascinante faune, il parvient à instiller en elle un désir intense et presque nostalgique de contempler un cerf, non approché par surprise mais attendu. avec patience, à devenir elle-même une femme-cerf. Elle nous parle de cette attente au fil des mois, de l'écriture et d'une nature - son véritable chez-elle - malmenée.


Claudie Hunzinger n'a de cesse que de relativiser notre place dans "un monde de plus en plus humain, c'est-à-dire inhumain, brut, une masse de plus en plus brute" (p.92), curieuse d'un monde aux mouvements invisibles, bruissant d'intelligence, parce que "le monde n'est concevable que dans son mystère. Dans son silence." (p.167).

Avec une plume fluide et poétique, une langue taillée de pierre précieuse, elle fait l'éloge de la liberté, de la nature, de la montagne et de la littérature. Selon elle, dans une époque saturée d'angoisses et de questionnements, il est salvateur de se nourrir de la magie des instants, d'un présent plein, et de se gaver de la contemplation des splendeurs d'une forêt, par exemple, comme d'un crépuscule avant la nuit.


"En dix ans. Ca s'est passé en dix ans. Sous nos yeux. Et j'en ai pris conscience seulement cet été-là. En dix ans, quelque chose autour de nous, une invention, une variété des formes, une extravagance, une jubilation d'être qui s'accompagnait d'infinis coloris, de moirures, d'étincelles, de brumes, tout ça avait disparu pour laisser place à un monde simplifié, appauvri, uniformisé, accessible aux foules et aux masses où les goûts se répandaient comme des virus. Et ce n'était pas un phénomène cloisonné mais un saccage général." p.147


A paraître le 28 août 2019.


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