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  • Stéphanie Loré

"MacBeth" de Jo Nesbo paru chez Gallimard


Je ne résiste pas au plaisir de vous parler de ce roman que j'ai dévoré, ADORE. Je l'ai évoqué en chroniquant "Le Nouveau" de Tracy Chevalier, roman dans lequel elle adapte "Othello" de Shakespeare. Ici, Nesbo, à la demande de son éditeur, s'est piqué au même jeu et c'est brillant !

L'auteur a choisi les Etats-Unis et les années 70. Dans une ville gangrenée par la drogue, le chômage, la pollution, Macbeth, jadis gamin des rues addict aux substances illicites, grimpe de façon fulgurante les échelons et devient Chef de la police. Il est poussé dans son ascension par l'ambition toute-puissante de Lady, dévorée par la culpabilité et la folie, d'irréductibles démons. Par amour pour elle, plus justement aveuglé par la passion, Macbeth fait sienne son ambition.

Le roman est un mélange flou de présent et de futur apocalyptique, l'atmosphère est de plomb. Toutes les ardeurs humaines sont convoquées : l'amour, la jalousie, l'envie, la haine, la violence, le péché, le mal sous toutes ses formes... C'est sombre, universel, captivant, passionnant. L'auteur plonge aux tréfonds de nos âmes et de nos coeurs, là même où les sentiments se jouent de la raison, le mal du bien, le réprimé du permis.

Macbeth balance entre le respect des règles - il est Chef de la police que diable ! - et le désir de transgression porté par une ambition qui ne lui appartient pas, celle de Lady, pourfendeuse de tout doute et de tout interdit, la femme tentatrice qui pervertit l'homme et se veut miroir de sa virilité. Nous avons sous les yeux la véritable tragédie humaine : MacBeth s'est endurci le coeur, certes, mais il possède cependant une lucidité presque de glace qui rend la lutte intime insupportable. Est-ce à dire que le mal est inhérent à la condition humaine ?


Gonflé, terriblement gonflé de "copier" Shakespeare. Fabuleusement réussi !

Le roman m'a séduite par son intrigue, ses personnages complexes, son style élégant et entraînant, par le magnifique tableau de l'essence humaine qu'il dessine, cela même qui nous fonde et nous stimule.

Et vous, quel est votre ressort ?


"Macbeth respira profondément et calmement. Et quelle importance si la mort intervenait maintenant ? Ce serait bien sûr une fin absurde, mais ne le sont-elles pas toutes ? Le récit sur notre personne s'interrompt au milieu d'une phrase et cette phrase reste en suspens, dépourvue de sens, sans conclusion, sans dernier acte explicatif. Un bref écho du dernier mot à demi prononcé et on est oublié. Oublié, oublié, oublié, la plus grande des statues elle-même ne peut rien y changer. Celui qu'on était, celui qu'on était réellement disparaît plus vite que des ronds sur l'eau d'un étang. Et quel était le sens de cette brève performance interrompue ? Jouer aussi bien que possible, saisir les réjouissances et plaisirs de la vie tant qu'elle dure ? Ou laisser une trace, changer la direction, faire du monde un endroit un peu meilleur avant de devoir le quitter soi-même ? A moins que le sens de la vie ne soit de se reproduire, de mettre au monde de petits êtres plus aptes, dans l'espoir que les humains eux-mêmes deviennent les demi-dieux qu'ils se sont inventés ? Ou n'y avait-il tout simplement pas de sens ? Peut-être n'étions-nous que des phrases détachées dans le chaos d'un sempiternel babillage où tous parlaient et personne n'écoutait, et où notre pire pressentiment finissait par s'avérer : on était seul. Tout seul." p.493

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