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  • Stéphanie Loré

"Malgré tout" de Jordi Lafebre chez Dargaud


"Deux têtes de mule sans arguments. Le moment sera peut-être venu de franchir notre propre pont."


Ah, l'amour ! LE sujet depuis que le monde est monde, la quête éternelle... et inépuisable sujet en littérature, au cinéma, en chanson. Le sel de la vie, quoi qu'on en dise !

Et l'on ne s'en lasse pas à vrai dire. Jordi Lefebre nous le raconte avec bonheur et originalité, remontant le fil du temps. Il a pris l'heureux parti de nous conter l'histoire d'Ana et Zeno depuis leurs soixante ans jusqu'à leur vingt ans et c'est savoureux.


Chapitre 20, ils ont plus de soixante ans, vivent dans une ville connue pour ses mouettes et son pont asymétrique.

Ana est une femme énergique, déterminée qui a été maire pendant toute sa vie, estimée de tous. Elle est mariée à Giuseppe qu'elle aime sans nuage, a une fille et est grand-mère.

Zeno a repris la librairie de ses parents mais l'a peu occupée, insaisissable pigeon voyageur, incapable de rester longtemps au même endroit, aventurier charmeur. Il a mis quarante ans à rédiger une thèse qui démontre que le temps peut aller en arrière - telle l'histoire que nous lisons.

Ana et Zeno s'aiment depuis toujours, furent leur première fois à l'une et à l'autre mais ont manqué le coche d'une vie à deux, s'écrivant et s'appelant régulièrement, dansant ensemble à distance, inséparables comme la Lune l'est de la Terre, irrésistiblement attirés. Ils se connaissent intimement, peuvent tout se dire.


"Toi et moi, ne serons jamais "seulement" toi et moi.

Jamais "tout à fait" toi et moi.

Et jamais "rien du tout", toi et moi.

Toujours "jamais"."


Ils se sont aimés sans se le dire, à demi-mots, indispensables l'un à l'autre, impensable séparation. Un ami avait dit à Zeno : "Tu ne dois pas avoir peur d'aimer, mon garçon. Un coeur qui n'aime pas est une lumière qui ne voyage pas." Zeno s'est donné à cet amour, alors, inconditionnellement.

Ils se sont dit le malentendu à l'origine du bouleversement des évènements, ils savent le temps passé, cependant pas perdu parce que malgré tout...


"Inévitable, mais impossible.

Séparés par l'infini. Unis par l'horizon.

Là où les lignes parallèles se rejoignent enfin.

Un jour, peut-être, toujours."


Une histoire charmante, tendre, drôle aux dessins semi-réalistes - mutins nez pointus ! - disant la part de rêve, des regards et des attitudes expressifs, un rajeunissement des personnages auquel on croit. Le seul bémol pour moi : trop d'insistance sur certains mouvements par des traits intempestifs.


La vie et ses surprises, nos chemins et leurs bifurcations... un amour enviable, si magique.

Et puis, on relit l'histoire dans l'autre sens, savourant à nouveau et autrement.

SPLENDIDE !

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