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  • Stéphanie Loré

"Nous étions nés pour être heureux" Lionel Duroy chez Julliard


Paul a la petite soixantaine, deux divorces a son passif, quatre enfants adultes, deux petits-enfants qu'il vénère. Il vit seul dans le Sud et s'en porte bien. Cependant pas un jour ne passe sans qu'il ne pense à ses frères et soeurs qu'il n'a plus vus depuis près de trente ans. La cause de la fâcherie est un roman qu'il a écrit, son premier, dans lequel il raconte leur enfance : la mère, la "baronne", manipulatrice et folle, qui terrorisait ses enfants; Toto, le père fuyant aux coups foireux; l'expulsion; les vêtements ridicules... Aucun de la fratrie n'a apprécié, pour diverses raisons, son frère aîné l'a accusé d'être un "traître, un lâche, un salaud" avant de provoquer la rupture.

Seulement voilà, le temps a passé et ses frères, à l'exception de l'aîné, désirent s'amender. Ce sera ensuite au tour de ses soeurs. Avec crainte - comment prêter attention à chacun et continuer à s'écouter lui ? -, Paul accepte de les revoir.

S'il a toujours en tête les copieuses insultes de jadis, il est disposé à accepter des excuses. Avant qu'il ne soit trop tard, avant que la vie s'achève... Le dîner est cordial et ses frères lui disent vouloir reconstruire ce qui peut l'être, connaître ses enfants, effacer les regrets. Tous sont revenus de leur colère et Paul leur explique que, s'ils ont un passé en commun, ils peuvent en disposer comme ils l'entendent. Ecrire fut pour lui non une recherche de notoriété mais une façon de se construire, de se sauver, d'exister, de maîtriser le chaos, d'harmoniser sa voix intérieure. Ne pas traverser la vie comme un imbécile heureux en balayant les moments durs sous le tapis mais en les affrontant, les décortiquant, les comprenant. Une fois la colère dépassée, on peut se dire que l'on s'aime.


Lionel Duroy écrit un roman vraiment plaisant, baigné de douceur, chaque mot forgé d'émotion et de sensibilité. Il nous raconte la famille qui nous est donnée, sa folie et son drame permanent, les leurres que nous créons pour survivre et dont il est encore plus vital de se dégager. Guérit-on jamais de son enfance ? Comment se défaire de l'influence de nos parents, de cette loyauté souvent néfaste que nous avons envers eux ? L'on ne peut sauver l'autre contre son gré mais il est bon de se réconcilier et de ne pas rester chacun, comme des crétins, sur son île. C'est là que l'amour est rédempteur et que le pardon a une force incroyable.

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