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  • Stéphanie Loré

"Queenie" Candice Carty-Williams chez Calmann-Levy


Queenie Jenkins part en vrille, perd les pédales, s'oublie en actes fous, irresponsables. Tom lui a demandé un break, Tom avec qui elle vit depuis trois ans, avec qui elle faisait des projets de mariage et d'enfants. Pour couronner le tout, le journal pour lequel elle travaille, The Daily Read, refuse ses articles de fond, engagés, politiques. Elle est cantonnée à l'agenda de la vie nocturne et aux infos superficielles. Rien ne va plus, elle a l'impression d'être née malheureuse et qu'elle le restera. Elle boit trop, couche avec n'importe qui sans se protéger, pas du tout disposée à réfléchir aux conséquences. Ne s'aime-t-elle donc pas ? D'où lui vient son penchant pour le catastrophisme et l'autodestruction ?

Queenie est d'origine jamaïcaine et semble avoir pris sur elle toute la douleur de la communauté noire. Elle n'est que colère, furieuse contre les étiquettes qui lui sont accolées - "je suis la fille noire grande gueule, effrontée, insolente, hargneuse, bavarde, conflictuelle (...) Cela dit, il y a aussi les qualificatifs que les gens pensent être aimables : bien éduquée, étonnamment intelligente, exotique". Ces mots la blessent et viennent s'ajouter à une souffrance d'enfance, un manque d'amour qui la fait se perdre en cherchant désespérément à être aimée - "Personne n'a jamais voulu de moi, pas comme on veut de quelqu'un auquel on tient."

Son petit monde est sorti de son axe. Pour retrouver un équilibre, Queenie va devoir non plus fuir mais affronter les douleurs comme les erreurs, se battre non pour les autres mais pour elle-même.


Candice Carty-Williams nous régale d'une Bridget Jones noire, drôle, extrême, maladroite, agaçante parfois, cependant sympathique; une jeune femme au désir universel d'être entendue et aimée. Sous des apparences de légèreté, l'auteure nous dépeint le racisme ordinaire, faisant de Queenie un symbole du mouvement Black Lives Matter. Elle dit la force des imprégnations sociales et familiales, des croyances intégrées sans être réfléchies, autant de chaînes dont il est essentiel de se libérer pour accéder à la vérité de soi.

Un roman plaisant qui interroge notre regard sur l'autre, l'étranger, sans faire de leçon de morale ni être revendicatif.

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