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  • Stéphanie Loré

"Revenir à toi" Léonor de Récondo chez Grasset


Magdalena avait quatorze ans quand sa mère est partie, l'abandonnant à son père et ses grands-parents paternels, Marcelle&Michel, si dévoués. La belle Apollonia, dépressive, a disparu. Magdalena, qui n'est plus que colère, trouve un certain apaisement et des moments d'oubli dans le théâtre.

"Elle incarnait les mots. Ils prenaient chair, bougeaient, résonnaient dans son corps. La jeune fille ne voulait sentir que cela. Marcelle&Michel alors disparaissaient, elle ensevelissait ses parents pour toujours. Tout partait en fumée. C'était un croisement, un mélange, une identification profonde qui lui permettait de ne pas sombrer. Sur scène, elle vibrait, ne voulait plus sortir de cet espace sacré."

Elle devient une comédienne de talent, reconnue, voire adulée. Sur scène, elle se sent libre, puissante, en vie.

Lorsque son agente lui dit avoir retrouvé sa mère, trente ans après sa fuite, Magdalena n'hésite pas, quitte Paris pour le sud-ouest et une maison éclusière.

"Elle attend, puis démarre pour aller dire à sa mère, en ce jour lointain, en folle tu as agi. Et chacun de mes jours en a été la conséquence. Et maintenant que je suis à une heure de chez toi, je ne sais plus comment t'appeler. Maman ? Alors que j'ai passé des années à hacher menu ce mot. Te dire, maman pourquoi m'as-tu abandonnée ? Et ainsi entrer dans une tragédie trop humaine où Sophocle n'aurait pas voix au chapitre ? Maman est tombée nue dans le silence de l'absence."

Qu'y a-t-il encore à perdre ?


Léonor de Récondo dit la rage contenue avec délicatesse, les secondes où s'abîment les vies, les errances qui ne comblent pas les vides béants, les mirages que l'on s'invente pour rester debout.


"Vous imaginez chaque rôle comme une extrapolation, une exagération d'un trait qui serait le mien ? Vous croyez découvrir une nouvelle facette de moi, une minuscule parcelle d'un vaste portrait qui ne serait jamais complété ? Et si je vous disais, au contraire, que chaque personnage est un manque de plus, un effacement du trait, un détour sur le chemin, un sentier sauvage à défricher, une bifurcation, une excuse, une halte, encore une, pour ne pas s'approcher du coeur, du poumon, et rester en lisière de soi, de son propre désir, se remplir du regard des autres, pour le prendre en embuscade, le séduire, s'en emparer, afin d'éviter toujours d'être soi-même ?"


Elle dit le caractère précieux, presque sacré, de la littérature qui vient en aide quand tout nous submerge - "(...) les pièces, les rôles sont comme des petits trous en moi, des espaces où je peux respirer, des bulles d'air qui s'élèvent d'un endroit verrouillé par ton départ, avec lequel il fallait que je vive, vivre tout en l'évitant, l'éviter en sachant qu'il existe".

Elle a du talent pour parler de l'intime. Magdalena, reconnue en tant qu'actrice, niée en tant que femme, revient finalement à elle en retrouvant sa mère qu'elle arrive à pardonner. Elle est une Antigone, symbole de résistance et de dévouement.

Il y a du beau dans ce roman... qui m'a cependant laissée sur ma faim, trop court, bien trop elliptique. Si le lecteur peut participer activement à la lecture, combler les vides, je fais partie du club de ceux qui aiment qu'on leur raconte une histoire, charnue, émouvante, encore horrifiante, dense et pleine. Là, la dernière page tournée, me reste un manque...


"Personne n'est rien avant d'être aimé." Rosa in "La Rose tatouée" de Tennessee Williams


À paraître le 18 août 2021.

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