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  • Stéphanie Loré

"Sanction" Ferdinand von Schirach chez Gallimard


Le fonds de commerce de Ferdinand von Schirach est un vivier inépuisable d'histoires fascinantes; il est avocat de droit criminel de renom, petit-fils d'un officier nazi. Sa plume plonge allègrement dans l'encre noire de la nature humaine. "Sanction" est son troisième recueil de nouvelles, après "Crimes" en 2011 et "Coupables" en 2012 parus chez le même éditeur. Les douze nouvelles qui le composent sont variées et étonnantes.

Nous y croisons une jeune avocate d'origine turque dont la première affaire - la brillante défense d'un affreux proxénète - lui laisse un goût amer; un avocat alcoolique, has been, aidé par un malfrat pour innocenter sa cliente; des enfants qui par jeu lynchent un aveugle; un mari violent relaxé et récidiviste, etc.

Il y a la violence motivée et les actes gratuits, la sauvegarde et la noirceur de l'âme. L'auteur nous montre comment certains criminels ne sont pas à la hauteur de leur crime, comment la justice passe parfois à côté de la vérité. Il nous parle de crime, de peine, de culpabilité et de pardon avec un mélange inédit de distance et d'empathie, teintant la tragédie d'une ironie réjouissante. Le ton est incisif, énergique et captivant et l'art de l'ellipse talentueux.

Ferdinand von Schirach saisit ce moment pointilliste qui fait basculer une vie, ce dérapage inattendu et incontrôlable, ces fines craquelures dans ce qui semble aller pour le mieux. L'exergue de Kierkegaard le dit : "C'est quand il ne se passe rien que tout arrive".

J'aime cet auteur pour tout cela et pour la finesse avec laquelle il nous parle de nous et de cette part sombre qui fait jaillir le déroutant imprévisible.

Le recueil se clôt sur ces mots d'un avocat, double de l'auteur :


"De mes vingt années en temps qu'avocat pénaliste, il n'est resté qu'un carton, des bricoles, un stylo-plume vert qui n'écrit plus bien, un étui à cigarettes offert par un client, quelques lettres et photos. Je pensais qu'une nouvelle vie serait plus simple, mais il n'en a rien été. Qu'importe que nous soyons pharmacien, menuisier ou écrivain. Les règles ne sont jamais tout à fait les mêmes, mais l'étrangeté demeure, et la solitude, et tout le reste."


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