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  • Stéphanie Loré

"Soeurs" Daisy Johnson chez Stock


Sheela quitte Oxford avec ses deux filles, Juillet et Septembre, pour la lande du Yorkshire et Settle House, une maison qui appartient à Ursa, la soeur du père de ses enfants, mort noyé bien après leur séparation. La maison, près de la plage, semble construite "avec de la rancoeur, sans forme apparente, toute sale". Sheela vient y cacher sa dépression, elle fuit...

Juillet, quinze ans, est la narratrice de l'histoire familiale. Elle est la cadette, dix mois la séparent de Septembre. Les soeurs ont une relation si fusionnelle qu'elles paraissent jumelles, elles ont d'ailleurs décidé que leur anniversaire serait fêté le même jour.

"Adolescentes, le fossé s'était encore creusé avec leurs camarades. Intelligentes mais chétives, naïves, soucieuses de ne pas grandir."

"Septembre répondait à la place de sa soeur, elles partageaient la même assiette, leur repas soigneusement divisé en deux, dormaient la tête posée sur le même oreiller."

Juillet ne trouve pas sa place dans cette union exclusive et malsaine où Septembre joue le rôle de meneuse, colérique et autoritaire, manipulatrice et encline aux jeux pervers. La maison agit comme en diapason, mouvante, craquante, crissante, elle résonne d'inquiétude.

Pourquoi se sont-elles réfugiées là ? Quel est ce pacte singulier passé par les deux soeurs ?


Je ne dirai pas plus de l'intrigue de cet hypnotique roman - deuxième de l'auteure - tant il faut savourer la progression de l'histoire, le dévoilement qui fait jour après l'assemblage des diverses pièces du puzzle. Daisy Johnson est douée pour dire le monde à hauteur d'enfant, avec des yeux qui voient la poésie des choses, leur fantasmagorie. Elle nous parle de l'adolescence avec brio, cet âge où tout se teinte d'une intensité particulière, où l'on se construit une identité. Elle dissèque les liens familiaux, les relations de pouvoir au sein d'une famille qui peuvent conduire aux pires excès, aux promesses saugrenues. Elle flirte avec le fantastique pour mettre en lumière tout ce qui nous échappe, nos vies ballottées entre oubli et mémoire. Sa plume est fluide, progresse de façon rythmée dans une atmosphère oppressante, se nourrit d'énigmatique et nous entraîne dès les premiers mots sans plus nous lâcher. Daisy Johnson s'attache à l'humain, ses forces et ses faiblesses, et à la complexité de l'amour. Une auteure à suivre !


"Dans l’écriture, on essaie toujours de s’approcher d’une certaine vérité du monde, mais aussi d’une vérité qu’on détient en soi. Tout ce que j’écris tourne autour de quelques idées très fortes : la langue, la famille et ce sont des choses assez effrayantes. Écrire est effrayant et ça doit l’être, si vous n’êtes pas effrayé par ce travail, c’est peut-être que vous ne le faites pas assez bien."



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