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  • Stéphanie Loré

"Trouble" de Jeroen Olyslaegers chez Stock

Mis à jour : 10 mars 2019


Will, âgé, écrit une longue lettre-confession à son petit-fils. Il raconte les années 40, Anvers occupée, son engagement dans la police pour échapper au travail obligatoire en Allemagne. Il dit son amour pour la poésie, éveillé par "Barbiche teigneuse" qui fût son professeur particulier et s'est révélé actif collaborateur. Il parle de son amitié avec Lode, collègue qui deviendra son beau-frère et qui est, lui, farouche résistant.

Pris entre deux feux, que faire ?


Je trouve parfait le choix de la lettre-confession, de ce qu'elle suppose d'urgence et de nécessité à coucher sur le papier ces mots qui nous disent, tentent de nous expliquer et y parviennent souvent. Will ne recherche en aucune façon l'absolution. Il s'agit plutôt de dire la vérité dans sa nudité, quelle qu'elle soit. Comment agir quand l'on découvre que celui avec lequel on partage un amour immodéré de la littérature, celui avec lequel l'on est en communion intellectuelle, révèle sa part sombre ? Will choisit une voie médiane, non cible, non tireur embusqué, uniquement "comédien", comme il l'écrit. Guère étonnant de celui qui, gamin, a toujours cherché à se faire accepter, à être apprécié.

Lâcheté ? Culpabilité ? Peut-on condamner lors que ces années ambigües - comme tant d'autres - mettent à mal nos convictions, sous l'emprise de la peur, et dévoile notre face faillible ?


Un roman au ton cash, vibrant, vivant, un brin provocateur, pour parler de nos engagements, de nos manquements et de nos contradictions.

Un titre judicieusement choisi qui pointe ce qu'il peut y avoir de dérangeant au coeur de nos âmes.

Magistral !


" () être qui tu es vraiment () c'est, comme je l'ai déjà dit, la chose la plus difficile qui soit, parce que la vie ne t'apporte pas ce privilège sur un plateau et que les gens veulent surtout que tu sois comme tout le monde." p.426


"Personne n'est un héros à vie." p.28

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