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  • Stéphanie Loré

"Une éducation libertine" Jean_Baptiste Del Amo, Folio


Où nous suivons Gaspard, dix-neuf ans, ayant quitté Quimper, la ferme familiale spécialisée en élevage de cochons, un père rustre et violent pour gagner Paris et une vie qu'il rêve exaltante. Gaspard est innocent, non averti des codes sociaux et possède une confiance puérile en tout. Il finira par s'extraire des bas-fonds, se souvenant d'Etienne de V., un homme qui le fascine et qu'il aime, un homme qui le trompe et le manipule. Il apprend le jeu des masques, le feu des illusions, s'amuse à se faire une place de choix dans la bonne société. Il apprend vite, s'avilit de plus en plus. Mais jusqu'où peut-on descendre dans l'abject ? Si Gaspard vise l'excellence, il se sentira toujours illégitime, il n'a pas les épaules pour le rôle qu'il s'est choisi. Petit à petit, il renonce à lui pour devenir un reflet du siècle - le Siècle des Lumières -, plus dans l'ombre que dans la lumière, affranchi de toute morale... ou presque, puisqu'il n'y survivra pas.


A ce premier roman de l'auteur, je préfère "Règne animal", au souffle tout aussi épique mais plus maîtrisé. Il y a dans "Une éducation libertine" quelques maladresses stylistiques, quelques longueurs et je n'ai pas trouvé le personnage d'Etienne de V. très crédible. Par contre, j'aime l'écriture qui coule comme un mouvement énergique, haute en couleur, à la phrase musicale et l'on reste époustouflé de la richesse du vocabulaire. L'histoire est celle d'un apprentissage libertin, alors elle vibre de sensualité et d'une sexualité animale, sans manières, brute jusqu'à une dimension obsessionnelle. Tout est rapport au corps, à voir : les fumées s'échappant des cheminées sont des "coulées de sperme" - là, c'est exagéré, trop c'est écoeurant.

J'aime l'image du fleuve, la Seine, très présent tout au long du roman, non domestiqué encore, charriant bois et cadavres, aux eaux sombres et tumultueuses, à l'image du parcours de Gaspard. Le Styx où l'on chavire...

C'est un roman sombre à tous points de vue, cependant au charme entêtant. La vie n'y est que cruauté, violence, tromperie, égoïsme, concupiscence et appétits les plus inavouables. Point de salut pour les âmes sensibles.

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