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  • Stéphanie Loré

"Une vie avec Alexandra David-Neel" de Frédéric Campoy et Mathieu Blanchot chez Bamboo/Grand Angle

Mis à jour : 10 mars 2019



J'avoue que je connaissais peu Alexandra David-Néel avant d'entamer la lecture de cette passionnante bande dessinée qui a éveillé un vif intérêt en moi. Le même sentiment exactement qu'à la lecture de "La Beauté du monde" de Michel Le Bris qui m'a fait découvrir Osa et Martin Johnson - premiers reporters animaliers -, encore "Les Femmes" de T.C. Boyle qui a aiguisé mon envie de découvrir Frank Lloyd Wright..

Les auteurs se sont inspirés du livre de souvenirs de Marie-Madeleine Peyronnet, celle qui fût, pendant les dix dernières années de sa vie, sa camériste, sa chef étoilé, sa confidente, sa secrétaire, sa souffre-douleur. Car Dame Néel n'était guère facile à vivre - comme tous les génies me direz-vous. Marie-Madeleine reconnaît cependant que c'est Alexandra qui lui a appris à vivre. "Tel un rocher battu par les flots de l'océan demeure inébranlable, ainsi doit être ton âme au milieu des épreuves de la vie..."

En une alternance de planches sépia qui narrent le présent et de planches colorées qui nous plongent dans le passé, se dresse le portrait sans concession de celle qui fût une petite fille délaissée de ses parents et qui a trouvé refuge et espace dans les livres; une infatigable voyageuse, première femme bouddhiste, première étrangère à entrer à Lhassa; une femme insoumise et infiniment courageuse; une femme décidée qui s'est mariée par intérêt avec un indécrottable coureur de jupons qu'elle a véritablement aimé, en témoigne une prolifique correspondance qu'elle conservait comme son bien le plus précieux; une despote diabolique autant qu'adorable avec, au creux du ventre, jusqu'à son dernier souffle, la rage de vivre, au plus profond de son coeur, cette devise par elle créée : "Marche comme ton coeur te mène, et selon le regard de tes yeux". Une femme mal aimée et déçue qui s'est enfermée dans une citadelle protectrice.


"Pour ranimer mon coeur desséché, il ne faudrait peut-être qu'un mot de sympathie. Mais nul ne le dira, et c'est pour jamais que tout amour est mort en mon âme déchirée. C'est mon corps qui va à leurs assemblées, et qui vit de leur vie, mais mon coeur est enfoui dans un profond sépulcre, et la pierre est scellée. Et jamais ce lazare ne trouvera de sauveur pour le ressusciter."





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